Vendredi, Septembre 10, 2010
   
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Benoît Pont à l’interview


Après avoir surfé 13 saisons durant au plus haut niveau comme joueur, ce natif du taureau, a changé de cape pour tenir, dorénavant, la barre du club qui l’a révélé. Le break de 10 jours, Deutschland Cup oblige, nous a permis de faire le point sur sa nouvelle situation et celle de son équipage.

 

 

Ca fait plaisir de te revoir à Graben. Comment se passe ton retour ?

 

Merci. Ça me fait bizarre de revenir dans ce club où j’ai accompli toutes mes classes juniors. De revoir touts ces gens que je connais, mais dont j’ai malheureusement oublié le nom. J’avais depuis un moment déjà, dans un coin de ma tête, prévu de revenir à Sierre finir ma carrière de joueur. Le destin en a voulu autrement. J’ai tout de même la chance de rester dans le hockey,  tout en occupant d’autres fonctions.

 

Qu’est-ce qui a changé ici pendant tes années d’exil ?

 

Avant tout moi. J’ai évolué en tant que joueur, j’ai mûri. Ma situation personnelle également a évolué. Entre-temps, je me suis marié et j’ai eu 3 enfants. Pour revenir à Sierre, la patinoire, hélas, est toujours la même. Mis à part les vestiaires qui ont été réadaptés, les infrastructures sont restées pareilles. Je ressens surtout une grande frustration et une sorte de résignation dans le public. Les gens aiment toujours ce club, mais sont devenus méfiants  au gréé de ces dernières saisons décevantes. Les gens se posent en outre la question quant à l’identité et la philosophie future de ce club.

 

Est-ce que ton retour était lié au nouveau projet de patinoire, finalement abandonné par les édiles de la commune, ainsi qu’à la nouvelle académie de hockey ?

 

Disons, pour être exact, que la Hockey-Académie est liée à mon retour. J’ai essayé par ce biais d’optimiser au maximum le développement de ces jeunes en gardant ce qui fonctionnait déjà, mais en supprimant ce qui était superflu et en parant à certains manques. Comme je l’ai déjà mentionné plus haut, j’avais prévu de patiner encore quelques années en LNA avant de revenir ici achever ma carrière. La blessure récoltée, commotion cérébrale suite à un coup de coude du Luganais Landon Wilson, il y a deux ans, a précipité mon retour en Valais.

Cependant, je n’éprouve aucun regret. J’ai eu la chance, durant ma vie, d’atteindre les buts que je m’étais fixés. Je suis devenu pro dans mon sport, tout en poursuivant mes études de biologiste à l’uni de Neuchâtel. J’ai visité les 3 régions linguistiques et, surtout, j’ai eu le bonheur de pouvoir fonder une famille.

 

Quelles sont tes fonctions exactes ?

 

Je suis responsable de tout ce qui touche au domaine technique et à la coordination. Par la force des choses, je m’occupe aussi de l’administratif. Concernant l’équipe fanion, il m’incombe de mettre sur pied une équipe compétitive. Je suis responsable des transferts et de ce fait, je fais du scooting afin de dénicher les meilleures solutions possibles. Je sers de lien entre le comité et l’entraîneur et les joueurs. Il m’appartient également d’apporter des changements ou des améliorations lorsque ceux-ci s’imposent. Concernant le mouvement juniors, j’ai mis en place un comité ainsi qu’un staff d’entraîneurs. Au niveau de la glace-même, je dirige les entraînements de la Hockey-Académie, ce nouveau concept de sport-études qui regroupent 2 classes. La première, avec les jeunes de 12 à 15 ans, et la seconde, avec les jeunes de 15 à 18 ans.

 

Avec 2 directeurs techniques très jeunes, Pico Sébastien à Visp et toi à Sierre, issus de la même ville, peut-on espérer un rapprochement entre les 2 clubs à moyen terme ?

 

Ah, la sempiternelle question. Pour moi, la question ne se pose même pas. En LNB, on a besoin l’un de l’autre pour animer la scène du hockey valaisan. Les gens se nourrissent de cette rivalité, de ces derbys qui font mousser. Pour avoir eu la chance de vivre de l’intérieur les derbys entre Langnau et Berne ainsi que les sulfureux Ambri-Lugano, je peux certifier que les gens vivent et ne parlent que de cela des semaines durant. Au Tessin, on imaginerait mal Lugano sans Ambri et inversement. C’est le meilleur moyen de populariser ce sport. Par contre, la question peut légitimement se poser à l’échelon supérieur.

 

Avec un diplôme d’entraîneur en poche, pourquoi avoir privilégié cette piste ?

 

Bonne question…Je pensais que le directoire allait m’attribuer des tâches bien précises. Ce qui n’a pas été le cas, puisqu’on m’a demandé où est-ce que je pensais être le plus utile. Mon premier souhait a été de servir de lien entre l’équipe fanion et le mouvement junior, afin d’abolir cette guéguerre et les dissensions entre ces deux entités. Ce poste me permet d’avoir un œil sur tout ce qui se passe au sein du club et une oreille attentive, des piccolos aux actifs. D’apporter par conséquent les améliorations nécessaires. En outre, lorsque nous avons mis au concours le poste d’entraîneur, nous avons reçu plus de 50 postulations. Donc, ce n’est pas ce qui manque.

Le fait d’avoir évolué au plus haut niveau  et dans les 3 régions linguistiques du pays doit représenter un avantage non négligeable pour ton job.

 

C’est certain. Grâce à mes séjours linguistiques, j’ai appris le suisse-allemand, l’italien et l’anglais. Ce poste me permet de valoriser quotidiennement ces atouts. De plus, avec mon expérience de joueur et des vestiaires, le contact se noue plus facilement avec les futurs arrivants. Sans compter qu’avec toutes ces années, j’ai établi nombre de connexions à travers tout le pays. Il est clair que lorsqu’on est issu du sérail, cela facilite considérablement le travail.

 

Lorsque tu suis un match, quelle est encore la part du joueur et celle du DT ?

 

Même si je suis partie prenante, j’essaie de prendre le plus de recul possible afin de collecter le plus d’informations nécessaires. Ce qui me permet de prendre les bonnes décisions pour la suite du championnat. Je ne suis jamais insensible à ce qui se passe sur la glace, mais ma fonction passe avant le supporter qui sommeille en moi. Même si mon fils, que je prends parfois avec moi, me demande de chanter et d’encourager l’équipe (sic)

 

L’équipe n’a pas été épargnée par les blessures, certaines de longue durée, comment gères-tu cette situation ?

 

Ce n’est jamais facile, surtout que j’ai repris l’équipe assez tard cette année. Je pensais quand même qu’on avait fait du bon boulot avec le comité. Mais voilà, un mois avant la reprise, il y a Reber qui se brise un genou tout seul dans les escaliers, ensuite tu as un gars comme Lamprecht qui doit se faire opérer d’une hernie discale, tout comme Jenni pour une hanche qui l’empêche de patiner. Les candidats pour les remplacer ne manquent pas, mais c’est rarement le bon. Il faut jongler entre les « intérimaires », ceux qui restent jusqu’à la fin de la saison et les retours de blessure. Il y a un équilibre financier à respecter et ce n’est jamais évident. Je pense malgré tout qu’on s’en est bien sortis, même si on reste toujours à la merci de ce genre d’accident.

 

Actuellement plusieurs joueurs se retrouvent sur la sellette, quid de Tognini ?

 

Il est clair qu’on a un problème à régler avec Omar. Je le connais depuis longtemps, on est bons copains, mais là c’est le joueur qui est directement incriminé. On se doit de traiter cette affaire avec le plus grand respect. S’il est vrai qu’on gagne en équipe et qu’on perd en équipe aussi, on est en droit d’attendre beaucoup plus d’un joueur aussi chevronné que Tognini. Ce n’est, certes, pas le seul sujet de déception, mais on doit penser à l’équipe avant tout.

 


Quel est le degré d’implication du président Epiney et du coach Mongrain dans les décisions importantes, comme les transferts par exemple ?

 

Je suis employé au sein du club, j’ai un mandat à amener à bien. Pour les décisions importantes, je me dois de me référer à mon comité et de demander également l’avis de Mongrain. Cela d’autant plus que je suis jeune et tout nouveau dans la profession. Pour le nouveau coach, par exemple, j’avais fixé 5 critères qui me semblaient importants à mes yeux. Après les avoir exposés au comité, mon choix s’est porté sur Bob, avec la bénédiction de ce dernier. Si un joueur actuellement a un souci, c’est un peu le même cheminement qu’au tribunal. Il va s’adresser en premier lieu à Mongrain, puis, si nécessaire, à Pont. Si le problème persiste, je l’aiguille, en dernier recours, vers la direction. Sinon, le directoire ne se permet en aucun cas d’interférer dans la gestion sportive de l’équipe.

 

Pourquoi avoir choisi Bob Mongrain ?

 

Je voulais quelqu’un qui parle français. C’est très important de pouvoir s’adresser aux joueurs, mais encore plus au comité quand il s’agit de justifier certains choix. Notamment dans des moments plus difficiles, comme celui que nous traversons actuellement. Je désirais quelqu’un qui travaille avec la vidéo, qui ait fait ses preuves au niveau de la formation des jeunes, qui connaisse parfaitement le hockey suisse et qui soit canadien. Expérience faite durant ma carrière, les Canadiens sont les plus travailleurs et les plus passionnés par leur job.

 

On est au tiers du championnat, un premier bilan ?

 

Le bilan est positif. Après avoir analysé la formation de la saison passée, on s’est vite rendu compte que le premier chantier était la défense. Le tour initial a montré qu’en engageant Schaüblin et Lardi, on avait visé juste. Financièrement on a dû puiser quelque peu dans le budget affecté normalement aux attaquants. Toutefois, avec la meilleure défense, le meilleur box-play de la ligue, on a vu que l’investissement valait vraiment la peine. Pendant ce deuxième tour, on a plus ouvert le jeu, moins défendu et la sanction ne s’est pas fait attendre. En continuant dans cette voie, ça sera du 50/50 au niveau des victoires et défaites. Les blessures en pagaille n’y sont pas étrangères non plus. Par contre, je suis convaincu que si on revient à une moyenne de goals encaissés identique au premier tour, soit 2,5 par match, on a de fortes chances de finir dans le duo de tête au terme de ce tour qualificatif.


Quels sont les objectifs pour cette saison et à moyen terme ?

 

L’objectif cette année se résume avant tout à gagner la prochaine rencontre. On ne veut en aucun cas mettre la pression sur les gars en fixant des objectifs bien définis. On ne va pas commencer à spéculer et anticiper sur février. On a donné mandat à Mongrain de nous amener cette équipe à un palier supérieur, de faire progresser chaque joueur individuellement. Il va de soi qu’avec le troisième ou quatrième budget de la ligue, on essaie de regarder vers le haut et pas vers la huitième place.

 

Quel est ton meilleur souvenir sportif ?

 

Il y en a plusieurs. Par exemple ma promotion en LNA avec la Chaux-de-Fonds en 96, c’était ma première saison comme professionnel, ou lorsque j’ai marqué les 3 buts de la victoire avec GS contre le SCB en 1/2 finale des playoffs en 04. Mais au-delà des résultats sportifs, ce que je retiens avant tout c’est l’ambiance des vestiaires, des anecdotes, des moments uniques partagés entre coéquipiers à l’abri des regards extérieurs, quelque soit le résultat final du match. C’est ce qui va me manquer le plus dorénavant.

 

Quel regard jettes-tu sur ce fameux 15 septembre 07 ?

 

Je m’en souviens d’autant plus que c’est l’anniversaire de mon fils. Je me suis fait agresser par Landon Wilson, coup de coude à la tête, lors d’un derby contre Lugano. C’est une date chargée d’émotions et que je n’oublierai jamais. Ce jour-là a marqué un tournant dans ma carrière. Suite à ce geste gratuit et, de surcroît, totalement en dehors de l’action de jeu, j’ai dû me résoudre à abandonner le hockey de haut niveau. La faute à des maux de tête récurrents. Je ne tiens pas non plus à m’étendre sur le sujet du fait qu’une partie de mon travail consiste à recruter des jeunes. Je ne veux pas leur faire peur avec ce genre d’incident, même si ça peut leur tomber dessus m’importe où et à m’importe quel moment.

 

Ce N0 95, c’est du fétichisme ?

 

Il est devenu fétiche. A la Chaux-de-Fonds, je portais le N0 35. Quand j’ai débarqué à Langnau, on m’a dit que le N0 35 était réservé à l’attention de Patick Fischer. Le plus drôle dans l’affaire, c’est qu’ils s’étaient trompés ! J’ai tout de même pris le N0 95 et, depuis, il ne m’a plus quitté.

 

A l’énoncé de « Baccounis », à quoi penses-tu ?

 

C’est le surnom des habitants de Vex, village d’origine, juste au-dessus de Sion, de mon épouse Stéphanie.

 

Un petit clin d’œil à tes trois mousquetaires, Léa, Cyril et Matthilde ?

 

J’aimerai simplement leur dire que je les aime et que je suis fier d’eux.

 

C’est sur ces paroles empreintes de tendresse, qui a dit que les hockeyeurs étaient des brutes,  que nous souhaitons bon vent et plein succès au vaisseau sierrois ainsi qu’à son capitaine.

 

Commentaires

avatar Maude
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Son meilleur souvenir est également un de mes meilleurs souvenirs... Ahlala ! Bozon, Pont et compagnie... c'est bien loin tout ca !
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